L’actualité santé-sécurité au travail est dominée ce 4 juin 2026 par les suites du vote, le 2 juin, d’une loi reconnaissant la part de responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles, une avancée majeure pour les ouvriers agricoles de Martinique et de Guadeloupe. En France hexagonale, plusieurs textes réglementaires sont entrés en application au 1er juin avec des modèles modifiés d’avis d’aptitude et la mise en place du congé supplémentaire de naissance. À l’international, l’OIT poursuit la mobilisation engagée le 28 avril autour des risques psychosociaux et publie ses analyses sur l’environnement de travail psychosocial.
Martinique
Chlordécone : la responsabilité de l’État reconnue, les ouvriers agricoles attendent des actes
Le Parlement a définitivement adopté, mardi 2 juin, une proposition de loi qui reconnaît la « part de responsabilité » de l’État dans le scandale du chlordécone, ce pesticide utilisé massivement dans les bananeraies antillaises malgré les alertes sur sa toxicité. Le texte inscrit également la dépollution des territoires et l’indemnisation des victimes parmi les objectifs de l’action publique. Selon Sud Radio, une mission d’inspection interministérielle doit prochainement se rendre en Guadeloupe et en Martinique afin de travailler sur les modalités d’un futur dispositif. Martinique la 1ère rappelle qu’en mars 2025, la cour administrative d’appel a rendu une décision marquante : parmi les 1 286 ouvriers agricoles de Martinique et de Guadeloupe qui avaient engagé une procédure contre l’État, 11 ont obtenu une indemnisation, des montants jugés insuffisants par les avocats des victimes.
Exposition à la chlordécone : la CGSS rappelle les bons réflexes
La Direction des risques professionnels de la CGSS Martinique maintient sa campagne d’information sur la chlordécone. La molécule persiste dans certains sols et certaines eaux de Martinique, et bien que son utilisation soit interdite depuis plusieurs décennies, une exposition reste possible — principalement par l’alimentation. La CGSS Martinique rappelle que le dosage de la chlordéconémie permet d’évaluer son exposition individuelle, qu’il est proposé gratuitement dans les laboratoires d’analyses médicales avec ou sans prescription, et qu’il ne constitue pas un diagnostic mais un indicateur d’exposition permettant d’agir de façon adaptée. Des dispositifs spécifiques sont prévus pour les personnes concernées par une pathologie liée à une exposition professionnelle aux pesticides.
Risques psychosociaux : l’Aract poursuit ses travaux
Sur le front des risques psychosociaux, l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail entend approfondir ses travaux en 2026. Selon Martinique la 1ère, l’Aract-Itt de Martinique « s’est donnée pour mission d’approfondir ces questionnements durant ses travaux à venir », avec un prochain rendez-vous prévu d’ici la fin de cette année 2026 réunissant référents RH, managers, professionnels de santé et sociologues. Ces actions interviennent alors que l’ONU a publié un nouveau rapport sur les risques psychosociaux en entreprise estimant à 840 000 le nombre de personnes qui meurent chaque année de pathologies liées à ces risques.
Formation santé-sécurité 2026 : le calendrier de la CGSS en ligne
La Direction des risques professionnels de la CGSS Martinique a mis en ligne son calendrier annuel à destination des dirigeants, responsables QHSE, DRH et représentants du personnel. L’objectif affiché est d’aider les entreprises à sécuriser leurs obligations réglementaires dans un contexte où les exigences réglementaires se renforcent et où la performance passe aussi par la prévention. Les sessions couvrent l’évaluation des risques, le DUERP et les obligations spécifiques aux secteurs les plus exposés en Martinique.
Guadeloupe
Chlordécone : la Guadeloupe également concernée par la loi du 2 juin
La reconnaissance par le Parlement de la responsabilité de l’État dans la contamination des sols et des travailleurs des bananeraies bénéficie tout autant aux victimes guadeloupéennes. Comme le souligne le Sénat, l’utilisation intensive de ce pesticide dans les territoires d’outre-mer de la Martinique et de la Guadeloupe a contaminé des sols et des nappes phréatiques, et a exposé les travailleurs des plantations bananières ainsi que les riverains à une substance nocive aux effets néfastes avérés pour la santé humaine. Le média Reporterre précise que pour les deux territoires, entre 2021 et 2025, on dénombre 302 dossiers déposés, 224 accords et déjà 183 personnes indemnisées par le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides.
Prévention des risques : la CGSS accompagne le maintien en emploi
La Direction de l’accompagnement et de la prévention de la CGSS Guadeloupe poursuit son action en matière de maintien en emploi. L’organisme rappelle que la problématique du maintien en emploi est commune à nombre de salariés et travailleurs indépendants touchés par un problème de santé, mais que la durée de l’accompagnement social varie. La DAP met à disposition des entreprises plus de 2 000 ressources documentaires sur la prévention des risques professionnels, dont des outils dédiés à la prévention des risques psychosociaux.
Médecine préventive territoriale : le CDG971 mobilisé
Le Centre de gestion de la fonction publique territoriale de Guadeloupe rappelle, sur son portail, que son service de médecine préventive accompagne les collectivités et établissements publics dans la préservation de la santé et de la sécurité de leurs agents, en organisant les visites médicales réglementaires, les entretiens infirmiers et le suivi périodique des agents territoriaux, et en soutenant le maintien à leur poste de travail, notamment en cas de problématique de santé ou de handicap. Le CDG971 insiste sur la mobilisation des équipes pluridisciplinaires face aux risques psychosociaux dans la fonction publique territoriale.
Salon prévention : les exosquelettes en démonstration
Lors du Salon Santé Sécurité au Travail tenu récemment en Guadeloupe, plusieurs innovations ont été présentées aux employeurs et salariés. Karibinfo rapporte que des fournisseurs y ont lancé une gamme d’exosquelettes destinés à prévenir les tensions et à faciliter les gestes effectués en hauteur ou de ramassage de colis, en soutenant le cou et les bras pour alléger la posture et permettre de travailler en toute sécurité sans forcer. L’acquisition de ces équipements peut bénéficier d’une aide de la Sécurité sociale, notamment auprès des entreprises du bâtiment, des agriculteurs, plombiers et électriciens.
France
Nouveaux modèles d’avis d’aptitude et d’inaptitude en vigueur depuis le 1er juin
Plusieurs documents-clés de la santé au travail ont changé en début de mois. Les Éditions Tissot indiquent que les modèles d’avis d’aptitude, d’inaptitude et d’attestation de suivi individuel de l’état de santé et de proposition de mesures d’aménagement de poste sont modifiés à compter du 1er juin 2026. Ces modèles, ainsi que ceux d’absence de contre-indication pour la conduite ou les habilitations électriques, sont modifiés afin de supprimer le numéro de Sécurité sociale du salarié. Pour rappel, depuis le 1er octobre 2025, l’employeur peut accorder une autorisation de conduite ou une habilitation électrique sur seule présentation, par le salarié, d’un document attestant qu’il n’existe aucune contre-indication médicale, la détention d’une attestation se substituant à celle d’un avis d’aptitude.
Congé supplémentaire de naissance : les demandes ouvrent ce 1er juin
Le calendrier du nouveau congé est désormais opérationnel. Selon les Éditions Tissot, le congé supplémentaire de naissance est lancé : les parents qui souhaitent le prendre dès le 1er juillet, date de son entrée en application, doivent déposer leur demande le 1er juin. Harmonie Santé précise que le congé de naissance permet à chacun des deux parents de s’absenter jusqu’à deux mois de plus, au-delà des congés existants, le dispositif n’étant applicable qu’à partir du 1er juillet 2026 pour laisser le temps aux entreprises de se préparer.
Préparation de l’été : les obligations canicule rappelées aux employeurs
À l’approche des premières vagues de chaleur, le décret du 27 mai 2025 reste au cœur des préoccupations. Le Centre de gestion du Tarn, qui a actualisé sa note au 26 mai 2026, indique que le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 renforce les obligations des employeurs en matière de prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense, en modifiant le Code du travail afin d’adapter les mesures de prévention aux épisodes de canicule et aux fortes chaleurs, en intérieur comme en extérieur. Culture RH rappelle que la question de la canicule au travail devient centrale pour les entreprises françaises et que dès le mois de mai 2026, plusieurs départements ont déjà été placés en vigilance orange par Météo-France. L’employeur doit notamment intégrer le risque chaleur dans le DUERP et adapter l’organisation selon les niveaux d’alerte météo.
Passeport de prévention : la phase déclarative pour les employeurs se profile
La montée en charge du passeport de prévention numérique s’accélère. Selon l’AIST La prévention active, depuis le 1er septembre 2025 et jusqu’au 30 juin 2026, les organismes de formation doivent déclarer les formations en santé et sécurité au travail dans ce passeport, puis les entreprises disposeront d’une phase déclarative jusqu’au 30 septembre 2026 pour enregistrer les formations éligibles. MSécurité souligne que le passeport de prévention est l’une des innovations majeures de 2026 en matière de santé et sécurité au travail, ce carnet numérique centralisant l’ensemble des formations en santé-sécurité réalisées par chaque travailleur, qu’elles soient dispensées par un organisme de formation ou en interne.
Plan Santé au travail 2026-2030 : annonce attendue
L’agenda institutionnel s’enrichit d’un nouveau cadre stratégique. Les Éditions Tissot indiquent que le plan national d’action 2026-2029 de l’Inspection du travail fait de la santé et de la sécurité au travail un sujet prioritaire et que le ministère du Travail annonce qu’il lancera prochainement le plan Santé au travail 2026-2030, qui réaffirmera la priorité donnée à la baisse des accidents du travail graves et mortels en ciblant les secteurs et publics les plus à risque. En 2024, 824 accidents du travail mortels ont été dénombrés, principalement dus à des malaises, des accidents de la route ou à l’utilisation d’équipements dangereux, parmi lesquels 22 jeunes de moins de 25 ans.
International
OIT : la santé psychosociale au cœur de l’agenda mondial 2026
L’Organisation internationale du travail prolonge la dynamique lancée le 28 avril. Selon les Nations Unies, dans le cadre de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail 2026, l’OIT a élaboré un rapport mondial qui adopte une approche organisationnelle axée sur la prévention et examine les facteurs psychosociaux à trois niveaux : le poste de travail, la manière dont le travail est géré et organisé, ainsi que les politiques, pratiques et procédures plus générales qui régissent le travail. Le rappel chiffré reste massif : plus de 2,78 millions de décès liés à des accidents du travail ou maladies professionnelles sont enregistrés chaque année, et près de 374 millions d’accidents du travail non mortels entraînent une absence du travail selon l’OIT.
Innovation : la réalité virtuelle s’invite dans l’ingénierie des risques
L’assurance des grands risques industriels s’empare d’outils immersifs. Le média spécialisé L’Assurance en mouvement rapporte que Generali Global Corporate & Commercial vient de franchir un cap avec le lancement de MetaRELP (Risk Engineering & Loss Prevention), une plateforme numérique immersive développée en partenariat avec Vection Technologies, qui transforme les inspections traditionnelles en parcours interactifs en trois dimensions au cœur d’installations industrielles. Là où une recommandation préventive pouvait rester abstraite sur le papier, la simulation immersive la rend immédiatement compréhensible — et donc plus susceptible d’être mise en œuvre, selon l’assureur, qui y voit un levier de réduction de la sinistralité.
IA et travail : un nouveau front pour la prévention des risques
L’intelligence artificielle redéfinit le périmètre de la santé-sécurité au travail. Selon CAP Formation, la prévention des risques liés à l’intelligence artificielle est devenue l’un des sujets les plus sensibles du numérique en 2026, entre l’entrée en application progressive de l’AI Act européen, la multiplication des usages clandestins d’IA générative dans les entreprises (« shadow AI ») et les nouvelles exigences de cybersécurité imposées aux organisations. Cette transformation alimente la réflexion sur les risques psychosociaux : l’emprise croissante de l’IA et des outils d’automatisation peut provoquer un sentiment de déclassement ou une surcharge informationnelle, rendant essentielle l’anticipation des risques et la mise en place d’un cadre de prévention.
À suivre dans les prochains jours : la publication des décrets d’application accompagnant la loi de financement de la Sécurité sociale 2026, en particulier sur la limitation des durées d’arrêt et la révision des tableaux de maladies professionnelles, devrait préciser le cadre applicable aux entreprises. Aux Antilles, l’attention se portera sur la mission interministérielle annoncée en Guadeloupe et en Martinique pour traduire en mesures concrètes la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans le dossier chlordécone.