L’actualité santé-sécurité au travail de ce lundi 8 juin 2026 est marquée par le lancement officiel, vendredi dernier, du nouveau Plan Santé au Travail 2026-2030 par le ministre Jean-Pierre Farandou. En Martinique et en Guadeloupe, les organismes de prévention poursuivent leurs actions sur les risques psychosociaux, les troubles musculosquelettiques et la prévention des accidents chez les intérimaires. À l’international, le rapport mondial de l’OIT sur les risques psychosociaux continue de structurer le débat sur la santé mentale au travail.
Martinique
L’Aract-Itt poursuit ses travaux sur les risques psychosociaux
L’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail de Martinique maintient son engagement sur les risques psychosociaux, dans le sillage du rapport de l’ONU évoquant 840 000 décès annuels dans le monde liés à ces facteurs. Outre-mer la 1ère rapporte que l’Aract-Itt de Martinique s’est donnée pour mission d’approfondir ces questionnements durant ses travaux à venir, avec un prochain rendez-vous prévu d’ici la fin de l’année 2026 réunissant référents RH, managers, professionnels de santé et sociologues.
La CGSS mobilisée sur la prévention des accidents chez les intérimaires
La Direction des Risques Professionnels de la CGSS Martinique a renforcé ses actions auprès des travailleurs intérimaires, identifiés comme particulièrement vulnérables. Selon la CGSS Martinique, les travailleurs intérimaires sont parmi les plus vulnérables face aux accidents du travail, en raison de la méconnaissance du poste, de la sous-estimation des dangers et d’une faible expérience en prévention. Une matinée d’échanges avec l’agence Actual a permis d’aborder trois priorités opérationnelles autour de l’identification des risques propres à chaque environnement de travail.
Calendrier de formation santé-sécurité 2026 en ligne
Dans un contexte de renforcement des exigences réglementaires, la CGSS Martinique a publié son calendrier de formations Santé & Sécurité au Travail destiné aux dirigeants, responsables QHSE, DRH et représentants du personnel. L’organisme rappelle que dans un contexte où les exigences réglementaires se renforcent, investir dans la sécurité constitue désormais un levier stratégique, et propose un parcours visant à sécuriser les obligations réglementaires des entreprises.
Réforme du suivi médical et services de prévention
Les services de prévention et de santé au travail martiniquais s’adaptent à la réforme de 2021. L’AISTM rappelle que toute entreprise a l’obligation d’adhérer à un SPSTI dès l’embauche de son premier salarié et que les chefs d’entreprise et travailleurs indépendants peuvent désormais y adhérer s’ils le souhaitent. Les infirmiers de santé au travail prennent une part croissante dans le suivi des salariés, en binôme avec le médecin du travail.
Guadeloupe
Les troubles musculosquelettiques, première cause de maladie professionnelle
Les TMS demeurent un enjeu majeur de santé au travail en Guadeloupe. D’après la CGSS de Guadeloupe et de Saint-Martin, 90 % des maladies professionnelles dans l’archipel sont liées à des troubles musculosquelettiques et 400 opérations du syndrome du canal carpien sont réalisées chaque année. L’organisme propose plusieurs formations dédiées, allant de l’initiation des dirigeants à la formation de chargés de prévention TMS.
Innovation : déploiement des exosquelettes dans les entreprises
L’usage des exosquelettes progresse en Guadeloupe comme outil de prévention des tensions musculaires. Selon Karibinfo, lors du Salon Santé Sécurité au Travail, des fournisseurs ont présenté des dispositifs destinés à prévenir les tensions et faciliter les gestes en hauteur ou de ramassage de colis, soutenir le cou lorsqu’on travaille en hauteur et éviter les tensions au niveau des trapèzes. Une aide à l’acquisition est possible auprès de la Sécurité Sociale pour les entreprises du bâtiment, agricoles et artisanales.
Compte professionnel de prévention et accompagnement RPS
La CGSS de Guadeloupe poursuit son accompagnement sur les risques psychosociaux. La Direction de l’Accompagnement et de la Prévention rappelle que les employeurs doivent effectuer une déclaration pour chaque salarié exposé au-delà d’un certain seuil à six risques liés au travail, ce qui déclenche l’ouverture d’un compte professionnel de prévention fonctionnant par points. Une subvention est par ailleurs disponible pour les entreprises de moins de 50 salariés souhaitant bénéficier de l’accompagnement d’un consultant pour mettre en œuvre une démarche de prévention collective.
Le CDG 971 structure son pôle prévention pour les agents territoriaux
Dans la fonction publique territoriale, le Centre de Gestion de la Guadeloupe consolide son offre. Le pôle prévention et santé au travail du CDG971 a pour objectif de protéger la santé des agents territoriaux et d’améliorer leurs conditions de travail, avec des missions couvrant la prévention des risques professionnels, le suivi médical et l’accompagnement des collectivités. Les actions incluent la médecine préventive, la prévention des risques psychosociaux et la qualité de vie au travail.
France
Lancement officiel du Plan Santé au Travail 2026-2030
Le ministère du Travail a dévoilé vendredi 5 juin sa nouvelle feuille de route quinquennale. Franceinfo indique que le ministère du Travail a dévoilé son nouveau plan consacré à la santé au travail pour la période 2026-2030, établi en concertation avec les partenaires sociaux. En 2024, 824 accidents du travail mortels ont été recensés ; pour éviter ces drames, le ministre Jean-Pierre Farandou a précisé sur France 2 que la bonne réponse est la prévention. Selon Capstan Avocats, le PST 2026-2030 a été lancé le 5 juin 2026 à l’issue d’un travail de co-construction avec les partenaires sociaux et institutionnels, et fusionne avec le plan pour la prévention des accidents du travail graves et mortels pour renforcer la cohérence des actions.
Priorité aux jeunes, à la santé mentale et à la santé des femmes
Le plan cible trois publics et thématiques. Franceinfo précise que le gouvernement donne la priorité aux jeunes et aux nouveaux arrivants, plus de la moitié des décès au travail des moins de 25 ans survenant l’année qui suit la prise de poste, et veut sécuriser leurs premières expériences professionnelles via une procédure d’intégration spécifique. Pour les femmes, le nombre d’accidents du travail augmente pour cette population de 26 % entre 2000 et 2023, ce qui conduit le plan à préconiser l’adaptation des EPI aux femmes et le renforcement de l’évaluation des risques différenciée selon le sexe. Sur la santé mentale, le gouvernement entend former d’ici 2030 les salariés au secourisme en santé mentale et promouvoir la charte pour la santé mentale au travail.
Réactions syndicales contrastées
Le plan suscite des positions divergentes. Selon Franceinfo, Frédéric Mau, secrétaire fédéral CGT en charge des questions de santé au travail, juge que le plan c’est de la novlangue de DRH qui n’aboutit jamais à rien, estimant être hors sol et à côté de la plaque. La CFDT adopte une position plus nuancée : Isabelle Mercier salue des orientations positives à condition qu’elles soient réellement travaillées et mises en œuvre, et juge important que la question des jeunes soit posée prioritairement.
Adaptation au changement climatique et à l’IA
Franceinfo rapporte que le gouvernement s’engage à accompagner les transformations du travail liées à l’intelligence artificielle ainsi qu’au dérèglement climatique, la chaleur devant être prise en compte dans l’évaluation des risques et dans la conception des équipements. Cette orientation prolonge le décret du 27 mai 2025 qui, selon AIST La prévention active, impose aux employeurs d’intégrer la prévention des épisodes de chaleur intense dans leur DUERP et d’ajuster organisation et conditions de travail quand les seuils de vigilance canicule sont atteints.
Passeport de prévention : étapes 2026
Le déploiement du Passeport de prévention se poursuit. D’après un récapitulatif réglementaire publié par un organisme de formation, le Passeport prévention est ouvert aux employeurs depuis le 16 mars 2026 et leur permet de consulter en temps réel les certifications de leurs salariés en santé et sécurité, rendant immédiatement visible un salarié non formé ou dont les certifications sont expirées. L’obligation s’étend progressivement, toutes les catégories de formations éligibles devant être déclarées par les employeurs à partir du 1er octobre 2026.
Innovation dans les services de prévention : le rapport de l’IGAS
L’Inspection générale des affaires sociales appelle à dynamiser l’innovation dans les services de prévention. L’IGAS souligne que les services de prévention et de santé au travail se modernisent rapidement sous l’effet de la réforme de 2021, mais des freins institutionnels et pratiques demeurent ; la mission préconise des modifications aux conditions de régulation du secteur et de dynamiser l’innovation en s’appuyant sur l’expérience du monde de la santé publique. Parmi les pistes : l’interopérabilité des dossiers médicaux et la création d’une instance nationale de financement des innovations.
International
OIT : 840 000 décès annuels liés aux risques psychosociaux
Le rapport mondial publié le 22 avril 2026 par l’Organisation internationale du Travail continue d’irriguer le débat. Altersécurité rappelle que selon ce rapport, les risques psychosociaux liés au travail seraient responsables de plus de 840 000 décès chaque année dans le monde. Le Temps précise que le coût économique annuel des maladies cardiovasculaires et des troubles mentaux associés aux RPS est évalué à 1,37 % du PIB mondial.
Une approche organisationnelle de la prévention
L’OIT plaide pour un changement de paradigme. Les Nations Unies indiquent que l’environnement psychosocial du travail est défini par la manière dont le travail est conçu, organisé et géré ; les facteurs psychosociaux influencent fortement l’expérience professionnelle, et lorsqu’ils portent atteinte aux travailleurs ils deviennent des risques qui doivent être pris en compte au même titre que les risques physiques, chimiques et biologiques. Selon Altersécurité, 35 % des travailleurs dans le monde travaillent plus de 48 heures par semaine, et 23 % déclarent avoir été exposés à des violences ou à du harcèlement au cours de leur carrière.
Cinq grands facteurs de risque identifiés
Altersécurité note que selon Manal Azzi, responsable des politiques de santé et de sécurité au travail à l’OIT, les risques psychosociaux deviennent l’un des défis les plus importants pour la sécurité et la santé au travail, et améliorer l’environnement psychosocial protège la santé mentale et physique des travailleurs tout en renforçant la productivité et la performance des organisations. Le rapport identifie cinq facteurs majeurs, dont la tension professionnelle liée à des exigences élevées combinées à un faible contrôle sur le travail.
France : ratification de la Convention n° 155 de l’OIT
Cohérence avec le cadre international : selon les Éditions Tissot, la France a ratifié la Convention n° 155 de l’OIT sur la sécurité et la santé des travailleurs (information publiée le 28 octobre 2025), marquant l’engagement de Paris dans la dynamique mondiale impulsée par l’organisation onusienne.
À suivre dans les prochains jours : La déclinaison régionale du Plan Santé au Travail 2026-2030 sera assurée par les DREETS via les plans régionaux (PRST), au plus près des réalités socio-économiques des territoires d’outre-mer. La publication progressive des décrets d’application de la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 (durée des arrêts maladie, congé de naissance) sera également à surveiller dans les semaines à venir.