Cette revue de presse du dimanche 21 juin 2026 met en lumière une actualité dense en matière de santé et de sécurité au travail. Aux Antilles, la promulgation récente de la loi reconnaissant la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone continue d’occuper les colonnes des médias locaux, avec des conséquences directes pour les travailleurs agricoles de Martinique et de Guadeloupe. En France hexagonale, plusieurs décrets publiés le 12 juin 2026 reconfigurent les règles d’arrêt de travail, du passeport de prévention et de l’indemnisation des accidents du travail. Sur le plan international, l’Organisation internationale du Travail tient sa 114e Conférence et avance vers un traité encadrant le travail des plateformes numériques.
Martinique
Chlordécone : la responsabilité de l’État reconnue, indemnisation à organiser
La loi reconnaissant la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone a été promulguée le 12 juin et publiée au Journal officiel le 13 juin 2026. Le texte consacre une avancée majeure pour les anciens travailleurs agricoles martiniquais exposés à l’insecticide entre 1972 et 1993. La loi donne un an au gouvernement pour remettre au Parlement un rapport sur les modalités de l’indemnisation des victimes, dont le financement passera par une taxe sur les tabacs, comme le rapporte Martinique la 1ère. Les associations et collectifs de victimes continuent toutefois de réclamer une indemnisation à la hauteur des préjudices sanitaires subis, comme le souligne l’association Tous Créoles.
Maladies professionnelles : un dispositif encore peu utilisé aux Antilles
Le combat juridique des ouvriers agricoles reste d’actualité. En mars 2025, la cour administrative d’appel a rendu une décision marquante. Parmi les 1 286 ouvriers agricoles de Martinique et de Guadeloupe qui avaient engagé une procédure contre l’État, 11 ont obtenu une indemnisation, rappelle Martinique la 1ère. Le cancer de la prostate a été reconnu comme maladie professionnelle liée à l’exposition aux pesticides par décret du 22 décembre 2021, mais selon Reporterre, les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle par les caisses générales de Sécurité sociale ne concernent que 7 % des ouvriers agricoles aux Antilles.
Déclinaison locale du Plan Santé au Travail 2026-2030
La Martinique est concernée par la déclinaison régionale du nouveau Plan Santé au Travail national. Le PST 2026-2030 a vocation à être décliné localement par les DREETS dans le cadre des plans régionaux Santé au Travail (PRST), au plus près des réalités socio-économiques des territoires, au cours de l’année 2026, indique le ministère du Travail. Localement, l’AISTM 972 et l’ARACT-ITT Martinique poursuivent leur dynamique commune de prévention, comme l’indique l’AISTM.
Guadeloupe
Chlordécone : satisfaction prudente des associations guadeloupéennes
En Guadeloupe également, la loi du 12 juin 2026 est accueillie comme une étape historique. Le Parlement a adopté une loi reconnaissant officiellement la part de responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone. Une avancée historique saluée par les victimes et les associations guadeloupéennes, qui attendent désormais des mesures concrètes d’indemnisation et de réparation, rapporte Outre-mer la 1ère. La future réflexion devra notamment trancher la question d’une extension du fonds d’indemnisation aux populations exposées hors cadre professionnel, comme l’analyse Cap Infos.
Santé sécurité au travail : la DEETS actualise ses référentiels
La Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS) de Guadeloupe a publié la liste actualisée des organismes agréés pour la formation des membres de la délégation du personnel du CSE en matière de santé, sécurité et conditions de travail, prévue par l’article R 2315-8 du code du travail. Cette publication, datée du 26 mars 2026, reste accessible sur le portail de la DEETS Guadeloupe.
Prévention de la désinsertion professionnelle au CIST 97.1
Le Centre interentreprises de santé au travail de la Guadeloupe poursuit le déploiement de sa cellule dédiée à la prévention de la désinsertion professionnelle. La cellule PDP promeut notamment, auprès des employeurs et des travailleurs, les mesures individuelles ou collectives d’accompagnement pour favoriser le maintien au poste ou dans l’emploi. Elle collabore avec les autres acteurs pour le maintien en emploi (Agefiph, Cap Emploi, Assurance Maladie,…), précise le CIST 97.1. Ce dispositif s’inscrit dans la continuité de la loi du 2 août 2021.
France
Décrets du 12 juin 2026 : encadrement des arrêts de travail et passeport de prévention
Plusieurs décrets publiés le 12 juin 2026 viennent recomposer le paysage réglementaire de la santé au travail. L’obligation de plafonnement s’applique également aux chirurgiens-dentistes et aux sages-femmes, ce que conforte le décret n°2026-498 du 12 juin 2026 en les fixant respectivement à 31 et 62 jours. Ces plafonds s’appliquent aux prescriptions et aux prolongations d’arrêt de travail établies à compter du 1er septembre 2026, rapporte Hopitalex. Par ailleurs, en cas d’arrêt de travail faisant suite à un accident de travail ou d’une maladie professionnelle, un autre décret n°2026-501 fixe la durée d’indemnisation à quatre ans, avec reprise pendant un an avant de pouvoir à nouveau bénéficier d’un nouveau délai. Comme le précise le site naudrh.com, le décret n° 2026-496 du 12 juin 2026 concerne le Passeport de prévention. Il s’applique pleinement aux employeurs publics, sans distinction entre fonctionnaires et agents contractuels. Ce passeport permet de tracer les formations suivies par les agents en matière de santé et de sécurité au travail.
Tension juridique autour du plafonnement des arrêts maladie
Le décret du 13 juin 2026 instaurant un plafonnement de la durée des arrêts de travail suscite des analyses juridiques contrastées. Selon Maître Hassan Kohen, si cette réforme répond à un impératif de maîtrise des dépenses publiques, elle introduit une tension normative avec les dispositions du code du travail qui confient à la seule appréciation médicale la détermination de la durée de la suspension du contrat de travail. L’entrée en vigueur du dispositif au 1er septembre 2026 sera scrutée de près par les services de prévention et de santé au travail.
Plan Santé au Travail 2026-2030 : déploiement opérationnel
Le déploiement régional du Plan Santé au Travail 2026-2030, présenté début juin par le ministre Jean-Pierre Farandou, se précise. Ce nouveau plan met l’accent sur la prévention des accidents graves, la santé mentale, la santé des femmes au travail et les enjeux émergents liés notamment au changement climatique, résume PREVY. Le diagnostic chiffré est sans appel : en 2024, la France a recensé 824 accidents du travail mortels, dont 764 pour le régime général et 60 pour le régime agricole, rapporte Compétences Prévention.
Passeport de prévention : montée en charge progressive
Le déploiement du passeport de prévention s’intensifie en cette mi-2026. Le passeport de prévention s’impose en 2026 comme une innovation majeure dans le domaine de la prévention en entreprise. Déployé progressivement en France, ce dispositif vise à centraliser et tracer toutes les formations en santé et sécurité au travail suivies par les salariés. Cette actualité récente marque un tournant stratégique pour les employeurs et les services RH, qui doivent désormais adapter leurs pratiques. Depuis le 16 mars 2026, les employeurs peuvent accéder à leur espace dédié afin de déclarer et consulter les formations de leurs collaborateurs. Cette étape concrétise plusieurs années de réforme en matière de santé au travail et renforce la logique de prévention proactive, détaille CAP Formation.
Équipements de travail : campagne nationale de la DREETS
La sécurité des équipements mobiles et de levage devient une priorité opérationnelle. Parmi les nouveautés les plus marquantes de 2026 figure la campagne nationale de la DREETS consacrée à la sécurité des équipements de travail mobiles et des appareils de levage. L’objectif est de réduire les accidents impliquant des collisions entre engins et piétons, les renversements d’équipements ou encore les défaillances techniques liées à un entretien insuffisant. Une phase de sensibilisation est déjà engagée avant le démarrage des contrôles renforcés prévus à partir de septembre 2026, indique CAP Formation.
International
OIT : vers un traité historique sur le travail des plateformes numériques
La 114e Conférence internationale du Travail, qui s’est tenue du 1er au 12 juin 2026 à Genève, a marqué une étape clé pour la santé et la sécurité des travailleurs des plateformes. Selon Human Rights Watch, en juin, sous l’égide de l’Organisation internationale du Travail (OIT), des gouvernements participeront à des négociations afin d’élaborer un traité historique portant sur le « travail décent dans l’économie des plateformes » ; ils devraient adopter des normes solides et contraignantes afin de garantir aux travailleurs de ce secteur, partout dans le monde, une rémunération équitable, des conditions de travail sûres et l’accès à une protection sociale. Le texte est appelé à étendre les protections en matière de santé et de sécurité au travail à l’ensemble des travailleurs des plateformes, y compris la prise de mesures de protection contre la chaleur extrême et d’autres conditions dangereuses.
Facteurs psychosociaux : le rapport mondial de l’OIT
Dans le cadre de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, l’OIT a publié un rapport mondial dont l’écho se poursuit en juin. Selon les Nations Unies, ce rapport adopte une approche organisationnelle axée sur la prévention et examine les facteurs psychosociaux à trois niveaux: le poste de travail, la manière dont le travail est géré et organisé, ainsi que les politiques, pratiques et procédures plus générales qui régissent le travail. Le rapport souligne l’ampleur du phénomène : de nombreuses personnes meurent des suites d’accidents du travail ou de maladies professionnelles chaque jour pour un total de plus de 2,78 millions de décès par an. En outre, il y a chaque année quelque 374 millions d’accidents du travail non mortels, qui entraînent une absence du travail.
Maladies professionnelles : nouveaux critères diagnostiques
L’OIT a publié des notes d’orientation actualisées concernant le diagnostic et la prévention des maladies inscrites à sa liste de référence. Comme l’indique l’OIT, ces notes portent sur les critères diagnostiques et d’exposition pour les maladies professionnelles, avec des orientations pour le diagnostic et la prévention. Ce travail constitue un référentiel pour les services de prévention et de santé au travail dans les pays signataires des conventions OIT.
À suivre dans les prochains jours : Les modalités exactes d’application des décrets du 12 juin 2026 sur les arrêts de travail et le passeport de prévention vont concentrer l’attention des services RH et des SPST jusqu’à leur entrée en vigueur le 1er septembre 2026. Aux Antilles, l’attention se portera sur le rapport gouvernemental attendu dans l’année concernant l’extension du fonds d’indemnisation des victimes du chlordécone, point d’attention majeur pour les anciens travailleurs agricoles et leurs ayants droit.