Vous avez moins de 50 salariés. Vous êtes dans la restauration, le BTP, le commerce ou les services. Et quelqu’un vous a parlé du DUERP — ce fameux « document unique » — sans vraiment vous expliquer ce que vous risquez si vous ne l’avez pas. Voici une réponse claire, sans jargon inutile.
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Ce qu’est le DUERP, en 30 secondes
Le DUERP — Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels — est un registre obligatoire dans lequel vous listez tous les risques auxquels vos salariés sont exposés : chutes, brûlures, produits chimiques, chaleur, troubles musculo-squelettiques, stress, bruit… et les mesures que vous prenez pour y faire face.
Ce n’est pas un formulaire à remplir une fois et à oublier dans un tiroir. C’est un outil de travail vivant.
L’obligation est posée par l’article R4121-1 du Code du travail :
« L’employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs […]. Cette évaluation comporte un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail de l’entreprise ou de l’établissement, y compris ceux liés aux ambiances thermiques. »
Aux Antilles, cette mention des ambiances thermiques n’est pas anodine. Un atelier de menuiserie à Fort-de-France en juillet, une cuisine de restaurant en plein service, un chantier BTP en période de canicule : le risque chaleur est réel, documenté, et doit figurer dans votre DUERP.
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Qui est concerné ? Toutes les entreprises, dès le premier salarié
C’est souvent là que la surprise arrive. Le DUERP est obligatoire dès que vous employez au moins un salarié, quelle que soit la taille de votre structure.
La différence entre une micro-entreprise et une PME de 40 salariés tient surtout aux obligations de mise à jour :
| Effectif | Fréquence de mise à jour minimale |
|---|---|
| Moins de 11 salariés | À chaque changement significatif (pas d’obligation annuelle stricte, mais la protection doit rester équivalente) |
| 11 salariés et plus | Au moins une fois par an (art. R4121-2 du Code du travail) |
| 50 salariés et plus | Annuelle + programme annuel PAPRIPACT obligatoire |
Notre constat sur le terrain : beaucoup de petites entreprises n’ont aucun DUERP, ou disposent d’un document ancien que personne n’a relu depuis. C’est une double erreur — légale et pratique.
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Ce que vous risquez sans DUERP
L’absence de DUERP expose l’employeur à plusieurs conséquences concrètes.
Sur le plan pénal, ne pas transcrire ou ne pas mettre à jour l’évaluation des risques dans le document unique est puni de l’amende prévue pour les contraventions de 5e classe (art. R4741-1 du Code du travail) : 1 500 €, 3 000 € en récidive, montant quintuplé pour une société. Sur le plan administratif, depuis le 27 juin 2026, l’absence de DUERP peut en outre être sanctionnée par une amende administrative allant jusqu’à 4 000 € par travailleur concerné, si aucune poursuite pénale n’est engagée (art. L8115-1 et L8115-3 du Code du travail). En cas d’accident, l’absence de DUERP peut aussi peser lourd dans l’appréciation d’une faute inexcusable de l’employeur.
Sur le plan des contrôles, l’inspection du travail pourra notamment vérifier :
- L’existence du DUERP
- Sa date de dernière mise à jour
- Sa mise à disposition effective aux salariés (obligation prévue à l’art. R4121-4)
- La cohérence entre les risques listés et la réalité du poste de travail
En cas d’accident grave, c’est l’accident lui-même qui pèse sur votre taux AT/MP si votre entreprise compte au moins 20 salariés ; la CGSS peut en outre imposer une cotisation supplémentaire en cas de risque exceptionnel ou d’inobservation des mesures de prévention prescrites (art. L242-7 du Code de la sécurité sociale).
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Ce que doit contenir votre DUERP : les fondamentaux
L’inventaire des risques par unité de travail
Vous évaluez chaque unité de travail : la cuisine, la caisse, le chantier extérieur, l’entrepôt, le bureau administratif. Pour chaque unité, vous identifiez les risques réels.
Quelques exemples courants en Martinique et Guadeloupe :
- Restauration : brûlures, coupures, glissades, manutention de charges, chaleur des fourneaux, produits d’entretien
- BTP : travaux en hauteur (art. R4323-58), manutention manuelle (art. R4541-1), bruit (art. R4431-1), vibrations (art. R4441-1), amiante si le permis de construire du bâtiment a été délivré avant le 1er juillet 1997
- Commerce : gestes répétitifs, travail sur écran (art. R4542-1), risque routier pour les livraisons
- Services / bureaux : risques psychosociaux, éclairage (art. R4223-2), aération (art. R4222-1)
La cotation des risques
Chaque risque identifié doit être évalué. L’INRS recommande de hiérarchiser les risques selon des critères propres à l’entreprise, par exemple la gravité potentielle, la fréquence d’exposition et le nombre de salariés exposés (brochure INRS ED 840). L’objectif : hiérarchiser pour agir en priorité sur ce qui compte vraiment.
Les actions de prévention
Pour chaque risque, vous indiquez ce que vous faites déjà et ce que vous allez mettre en place. L’article L4121-2 du Code du travail rappelle l’ordre de priorité : d’abord éviter le risque, ensuite le réduire à la source, enfin protéger collectivement avant individuellement etc…
Les EPI (casques, gants, chaussures de sécurité) viennent donc en dernier recours, pas en premier réflexe.
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Conservation et accès : ce que beaucoup ignorent
Depuis la loi du 2 août 2021 (art. L4121-3-1 du Code du travail), le DUERP et toutes ses versions successives doivent être conservés pendant 40 ans. Cette durée n’est pas anodine — elle permet à un ancien salarié de retrouver la preuve de son exposition à un risque professionnel (amiante, bruit, produits chimiques) des années après avoir quitté l’entreprise.
Le document doit être accessible :
- À vos salariés et anciens salariés
- Aux membres du CSE s’il existe
- Au service de prévention et de santé au travail (médecin du travail)
- Aux agents de l’inspection du travail
- Aux agents de la CGSS
Un avis indiquant où consulter le DUERP doit être affiché dans les locaux (art. R4121-4).
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Que faire concrètement ?
Voici les cinq étapes pour régulariser votre situation sans vous noyer dans la paperasse :
- Lister vos unités de travail : cuisine / salle / livraison, ou chantier / dépôt / bureau, selon votre activité. Pas besoin de dizaines de catégories pour une TPE de 8 personnes.
- Identifier les risques poste par poste : impliquez vos salariés — ils connaissent les vraies difficultés du terrain. C’est d’ailleurs dans l’esprit de l’art. L4121-3, qui associe à l’évaluation le CSE s’il existe, le ou les salariés désignés compétents en prévention et le service de prévention et de santé au travail.
- Coter chaque risque (par exemple selon sa gravité et sa fréquence d’exposition) pour savoir où agir en premier. Un risque de chute mortelle non maîtrisé passe avant un inconfort de poste.
- Formaliser les mesures déjà en place et planifier celles qui manquent, avec une date et un responsable. Pour les entreprises de moins de 50 salariés, cette liste d’actions figure directement dans le DUERP.
- Mettre à jour le document lors de tout aménagement important (nouvel équipement, réaménagement des locaux, nouveau poste…) et dès qu’une information nouvelle sur un risque vous parvient (accident, presqu’accident…). Et au moins chaque année à partir de 11 salariés (art. R4121-2).
Et si vous avez des difficulté nous pouvons vous aider :
Article mis à jour le 2 octobre 2026 : sanctions (art. R4741-1 et amende administrative en vigueur depuis le 27 juin 2026) et règles de mise à jour du DUERP vérifiées.
